Risques climatiques et évaluation Immobilière

Risques climatiques : pourquoi 15% de vos collatéraux français nécessitent des provisions supplémentaires ?

450 millions d’euros de provisions. C’est l’impact moyen sur une banque européenne détenant 5 milliards d’euros de prêts hypothécaires en France après cartographie complète de l’exposition aux risques physiques climatiques (inondations PPRi, sécheresse RGA, submersion marine). Ce chiffre n’est pas une projection théorique : il provient des premiers résultats des stress tests climatiques BCE 2024-2025 et de l’application stricte du règlement CRR III Article 229 entré en vigueur en janvier 2025.

Pour les établissements bancaires et les fonds d’investissement immobilier (SFDR Article 8/9) détenant des actifs en France, l’intégration des risques physiques climatiques dans la valorisation n’est plus optionnelle. Elle est obligatoire, quantifiable, et impacte directement les provisions IFRS 9, les actifs pondérés (RWA) et les ratios de solvabilité.

CRR III Article 229 : une révolution prudentielle

Depuis le 1er janvier 2025, le règlement CRR III impose aux établissements de crédit une obligation explicite d’intégration des risques physiques climatiques dans la Property Value des collatéraux immobiliers.

Article 229 – Property Value et risques climatiques :

« La valeur d’un bien immobilier utilisé comme garantie doit tenir compte de manière appropriée des risques physiques liés au changement climatique, y compris les risques d’inondation, de submersion, de sécheresse et d’événements climatiques extrêmes. »

Conséquences opérationnelles immédiates :

Surveillance annuelle obligatoire (Article 208) : 100% du portefeuille hypothécaire doit faire l’objet d’une revue incluant l’exposition aux risques naturels.

Réévaluation triennale : Pour les expositions supérieures à 3 millions d’euros, réévaluation formelle par expert ou AVM certifié intégrant les décotes climatiques.

Décotes Property Value systématiques : Application de grilles de décote par type de risque – PPRi zone rouge entre -15% et -25%, RGA exposition forte entre -10% et -20%, submersion marine entre -20% et -40%.

Impact provisions IFRS 9 : Bascule automatique du Stage 1 vers le Stage 2 si le LTV dépasse 80% après application de la décote climatique, entraînant un provisionnement sur la durée de vie résiduelle du prêt au lieu de 12 mois.

Exposition des portefeuilles français : données sectorielles

Les établissements financiers européens détiennent environ 280 milliards d’euros de prêts hypothécaires garantis par des actifs situés en France. L’analyse statistique de l’exposition aux risques climatiques révèle des concentrations préoccupantes.

Risque inondation (PPRi)

17 000 communes françaises sont concernées par un Plan de Prévention du Risque Inondation, représentant 54% du territoire. Entre 12% et 18% des portefeuilles hypothécaires sont exposés à des zones PPRi rouge ou bleue. La décote moyenne appliquée atteint -15% en zone rouge et -8% en zone bleue. L’impact sur les provisions est estimé entre 80 et 150 millions d’euros par milliard de portefeuille exposé.

Risque RGA (Retrait-Gonflement Argiles)

10,4 millions de maisons se trouvent en zone d’exposition moyenne ou forte, soit 48% du territoire français. Entre 35% et 45% des portefeuilles hypothécaires résidentiels sont exposés. La décote moyenne atteint -8% pour les biens en exposition forte ayant subi un sinistre, -5% sans sinistre déclaré. Les coûts de réparation varient entre 35 000 et 60 000 euros par bien. L’impact sur les provisions est estimé entre 40 et 90 millions d’euros par milliard exposé.

Risque submersion marine

Le littoral Atlantique, la Manche et la Méditerranée concentrent entre 3% et 8% des portefeuilles selon la géographie de l’établissement. La décote moyenne appliquée atteint -25% pour les zones à risque centennal (T100). L’impact sur les provisions oscille entre 60 et 120 millions d’euros par milliard exposé.

Concentrations géographiques identifiées : Île-de-France pour les inondations (Seine, Marne, Oise), Sud-Ouest pour le RGA (zones à argiles gonflantes), littoral pour la submersion marine.

Méthodologie de cartographie portefeuille (500-2000 actifs)

La cartographie industrielle des risques climatiques d’un portefeuille hypothécaire nécessite une approche systématique en 5 phases réparties sur 45 jours.

Phase 1 : Extraction et géolocalisation (J+0 à J+7)

Export du système d’information bancaire incluant les adresses des collatéraux, la Property Value actuelle, le LTV et la date de dernière évaluation. Géocodage précis via l’API BAN (Base Adresse Nationale) pour obtenir les coordonnées GPS et les parcelles cadastrales. Le taux de succès du géocodage atteint 92-97%, les échecs concernant principalement les adresses anciennes ou en zones rurales.

Phase 2 : Interrogation bases de données géographiques (J+7 à J+14)

Connexion aux APIs automatisées pour collecter les données de risque. Géorisques.gouv.fr couvre les risques PPRi, RGA et submersion via une API gratuite. La base Gaspar fournit l’historique des catastrophes naturelles également via Géorisques. Le BRGM propose une API payante (0,50 à 2 euros par requête) pour les cartes d’aléa RGA détaillées. Les DREAL ne disposent pas d’API et nécessitent un scraping manuel pour les TRI (Territoires à Risque Important).

Output : Fichier consolidé avec scoring par actif indiquant le niveau PPRi (blanc/bleu/rouge/noir) et le niveau RGA (faible/moyen/fort).

Phase 3 : Scoring risque et segmentation (J+14 à J+21)

Application d’une grille de scoring global :

Score 0-2 (Exposition faible) : Représente 55-65% d’un portefeuille typique. Nécessite une surveillance standard.

Score 3-5 (Exposition moyenne) : Représente 25-30% du portefeuille. Nécessite une surveillance renforcée.

Score 6-8 (Exposition forte) : Représente 8-12% du portefeuille. Réévaluation par expert obligatoire.

Score 9-12 (Exposition extrême) : Représente 2-5% du portefeuille. Réévaluation immédiate et provisionnement requis.

Phase 4 : Calcul décotes et impact LTV (J+21 à J+35)

Application des décotes par type de risque avec exemple concret :

Bien PPRi rouge : Property Value initiale de 3,5 millions d’euros. Décote de base PPRi rouge de -20%. Décote aggravée pour sinistre récent (<5 ans) de +5 points, soit une décote totale de -25%. Nouvelle Property Value : 2,625 millions d’euros. Le capital restant dû s’élève à 2,1 millions d’euros. Le LTV initial de 60% passe à 80% après décote, franchissant le seuil d’alerte réglementaire.

Phase 5 : Impact provisions IFRS 9 (J+35 à J+45)

Analyse de la bascule de staging : Les biens avec LTV inférieur à 80% restent en Stage 1 (provisionnement sur 12 mois). Les biens avec LTV entre 80% et 90% basculent en Stage 2 (augmentation significative du risque de crédit, provisionnement sur durée de vie résiduelle). Les biens avec LTV supérieur à 90% entrent en Stage 2 avec provisions renforcées.

Exemple calcul provisions supplémentaires pour le Prêt A (LTV post-décote de 82%) :

EAD (Exposure At Default) de 2,1 millions d’euros. PD lifetime sur 15 ans de 12% (contre 2,5% en baseline). LGD de 45% (contre 25% en baseline). ECL Stage 2 calculé : 2,1 millions × 12% × 45% = 113 400 euros. Provision Stage 1 baseline : 2,1 millions × 2,5% × 25% = 13 125 euros. Provision supplémentaire requise : +100 275 euros par prêt concerné.

Cas pratique : Banque régionale, portefeuille 50 actifs corporate

Contexte de l’établissement

Banque opérant en France et au Luxembourg spécialisée dans le financement corporate real estate. Le portefeuille comprend 50 actifs immobiliers professionnels (bureaux, commerces, entrepôts) pour une valeur totale de 285 millions d’euros (Property Value). L’exposition moyenne par actif s’élève à 5,7 millions d’euros. La répartition géographique se concentre à 70% en Île-de-France, 20% sur Lyon et Marseille, et 10% sur d’autres régions. Le LTV moyen du portefeuille s’établit à 62%.

Résultats de la cartographie des risques climatiques

Segment faible risque : 28 biens représentant 165 millions d’euros (58% du portefeuille) sans risque climatique significatif identifié. Décote moyenne : 0%.

Segment risque moyen : 15 biens représentant 85 millions d’euros (30% du portefeuille) exposés principalement à PPRi zone bleue ou RGA exposition moyenne. Décote moyenne : -6%.

Segment risque fort : 5 biens représentant 25 millions d’euros (9% du portefeuille) en zone PPRi rouge. Décote moyenne : -20%.

Segment risque extrême : 2 biens représentant 10 millions d’euros (3% du portefeuille) en zone PPRi rouge avec sinistre déclaré récent. Décote moyenne : -30%.

Concentration de risque identifiée : 35 millions d’euros (12% du portefeuille) en zones PPRi rouge ou RGA fort nécessitant réévaluation immédiate.

Zoom sur un bien critique : Centre commercial Marne-la-Vallée

Valorisation initiale : 12,2 millions d’euros. Exposition : Zone PPRi rouge avec perte du locataire principal entraînant une vacance de 22% de la surface commerciale louable (GLA). Décote PPRi appliquée : -20%. Décote supplémentaire pour exploitation dégradée : -5%. Nouvelle Property Value : 9,15 millions d’euros (-25%). Capital restant dû : 8,8 millions d’euros. LTV initial de 72% qui bondit à 96% après réévaluation, dépassant largement tous les seuils d’alerte.

Impact sur les provisions IFRS 9

Baseline (avant cartographie) : 47 biens en Stage 1 (280 millions d’euros), 3 biens en Stage 2 (5 millions d’euros), aucun bien en Stage 3.

Post-cartographie : 42 biens en Stage 1 (255 millions d’euros), 7 biens en Stage 2 (27 millions d’euros), 1 bien en Stage 3 (3 millions d’euros). Delta : -5 biens en Stage 1, +4 biens en Stage 2, +1 bien en Stage 3.

Calcul des provisions : Provisions baseline : 4,2 millions d’euros (1,5% du portefeuille). Provisions post-cartographie : 11,8 millions d’euros (4,1% du portefeuille). Provisions supplémentaires nécessaires : +7,6 millions d’euros.

Impact sur les RWA et le capital : RWA baseline : 85,5 millions d’euros (30% du portefeuille, approche standard). RWA post-décotes climatiques : 102,6 millions d’euros (+20%). Besoin de fonds propres supplémentaires : +1,4 million d’euros (ratio CET1 de 8,5%).

Due diligence pré-acquisition : méthodologie M&A

Pour les fonds d’investissement SFDR et les banques acquérant des portefeuilles immobiliers français, le screening des risques climatiques est devenu une étape critique de la due diligence.

Timeline de la due diligence ESG (60 jours)

Semaines 1-2 : Data room et extraction

Demande au vendeur d’un fichier complet des collatéraux incluant adresses précises, valeurs actuelles et DPE. Export des IAL (Information Acquéreur Locataire) si disponibles. Collecte de l’historique des sinistres catastrophes naturelles sur les 5 dernières années.

Semaines 3-4 : Cartographie des risques

Géocodage de l’ensemble des actifs suivi de l’interrogation des APIs Géorisques et BRGM. Application du scoring de risque par actif. Identification des actifs à risque élevé, représentant typiquement 15 à 25% des portefeuilles.

Semaines 5-6 : Réévaluation des actifs critiques

Expertise physique sur 10 à 15% des actifs présentant les risques les plus élevés (zones PPRi rouge, RGA fort avec sinistre). AVM certifié sur les 85 à 90% d’actifs restants. Calcul des décotes consolidées par actif et par segment.

Semaines 7-8 : Ajustement du prix et structuration

Quantification de l’impact total avec une décote globale du portefeuille oscillant entre -8% et -15%. Négociation du prix d’acquisition avec une réduction typique de 20 à 50 millions d’euros sur un portefeuille de 300 millions d’euros. Structuration des garanties incluant retention price (5-10% du prix) et escrow sur 18-24 mois.

Output final de la due diligence

Valorisation vendeur : 120 actifs pour une valeur brute de 320 millions d’euros sans ajustement climatique.

Valorisation ajustée acheteur : 120 actifs pour une valeur brute de 320 millions d’euros, moins 38 millions d’euros de décote pour risques climatiques (-12%), moins 12 millions d’euros de coûts de travaux de protection identifiés. Valeur nette retenue : 270 millions d’euros. Delta de négociation : -50 millions d’euros.

ROI du screening climatique : Coût de la cartographie de 45 000 euros (120 actifs × 375 euros par actif) permettant un gain de négociation de 50 millions d’euros, soit un retour sur investissement de +111 000%.

Stress tests climatiques BCE : ce que les banques doivent préparer

Le Mécanisme de Supervision Unique (SSM/BCE) a intégré les risques physiques climatiques dans les stress tests bancaires depuis 2022, avec un exercice renforcé prévu pour 2025-2026.

Les trois scénarios NGFS imposés par la BCE

Scénario transition ordonnée (horizon 2030-2050) : Pour les zones PPRi rouge, décote entre -10% et -15%. Pour le RGA exposition forte, décote entre -5% et -8%.

Scénario transition désordonnée (horizon 2028-2032) : Pour les zones PPRi rouge, décote entre -20% et -30%. Pour le RGA exposition forte, décote entre -10% et -15%.

Scénario réchauffement +3,2°C (horizon 2040-2050) : Pour les zones PPRi rouge, décote entre -30% et -50%. Pour le RGA exposition forte, décote entre -15% et -25%.

Simulation banque modèle : Portefeuille hypothécaire de 3 milliards d’euros

Exposition identifiée après cartographie : PPRi zone rouge représentant 360 millions d’euros (12% du portefeuille). RGA exposition forte représentant 540 millions d’euros (18% du portefeuille). Submersion marine représentant 90 millions d’euros (3% du portefeuille). Total des actifs exposés : 990 millions d’euros (33% du portefeuille).

Application du scénario désordonnée horizon 2030

Décote moyenne sur les actifs exposés : -22%. Perte de valeur des collatéraux : 217,8 millions d’euros. Provisions supplémentaires nécessaires : +165 millions d’euros. Impact sur le ratio CET1 : -3,9 points, faisant chuter le ratio de 14,1% à 10,2%, proche du seuil réglementaire minimum.

Actions correctrices requises par le superviseur

Réduction de l’exposition via cession ou titrisation de 180 millions d’euros d’actifs à risque. Renforcement du capital de +100 millions d’euros par émission d’actions ou rétention des bénéfices. Mise en place d’un programme d’accompagnement des emprunteurs pour financer les travaux de protection (batardeaux, reprises de fondations).

TEVAXIA accompagne banques et fonds institutionnels

La cartographie des risques climatiques d’un portefeuille hypothécaire ou immobilier nécessite une expertise technique combinant maîtrise réglementaire (CRR III, EVS 6, IFRS 9), capacité de traitement industriel (500-2000 actifs), et analyse financière des impacts (provisions, RWA, pricing M&A).

TEVAXIA Expertise, expert REV TEGOVA certifié et expert judiciaire, accompagne les établissements bancaires et fonds d’investissement dans :

Cartographie risques climatiques portefeuilles : Screening systématique PPRi/RGA/submersion + Évaluations conformes CRR III sur 100 à 2000+ actifs

Stress tests climatiques BCE : Modélisation décotes par scénario NGFS + Valorisations collatéraux + Calcul impact provisions/RWA

Due diligence ESG pré-acquisition : Screening risques physiques + Expertises REV TEGOVA conformes EVS 6 + Ajustement pricing

Conformité CRR III Articles 208/229 : Réévaluations triennales intégrant risques climatiques + Rapports conformes EVS 6

Audit portefeuilles et méthodologies : Identification concentrations risques + Recommandations réduction exposition + Conformité réglementaire

Certifications : REV TEGOVA | Expert Judiciaire Cour d’Appel Rennes | 16 ans d’expérience

Reconnu : BCE, ACPR, CSSF | Rapports opposables superviseurs bancaires

Intervenant en France et au Luxembourg auprès de banques SSM, asset managers et fonds SFDR, nous garantissons des analyses conformes aux exigences prudentielles et reconnues par les superviseurs.


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